Essor du port du Havre : focus sur le projet de « la chatière »
Publié le 11 Mars 2025
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Temps de lecture : 1 min
Le port du Havre, premier port à conteneurs de France, va bénéficier de l’aménagement d’un nouveau chenal de navigation. Dénommé la chatière, il permettra de développer l’acheminement direct des marchandises entre Port 2000 et la Seine jusqu’à Paris, à bord de barges fluviales. Le chantier débute en 2025, il durera deux ans.
L’aménagement de ce nouveau chenal, ou chatière, dans le port du Havre était attendu depuis des années par les grands opérateurs de la logistique. Il sera opérationnel en 2027, à l'issue de deux années de travaux. L’initiative en revient à Haropa Port, autorité gestionnaire des ports du Havre, de Rouen et de Paris, qui supervisera les travaux, avec le soutien financier de la de l'Europe de l'Etat et de la Région. L’enveloppe dédiée au chantier s’élève à 197 millions d’euros (dont 86,05 millions d'euros de la Région Normandie).
Pourquoi le port du Havre a-t-il besoin de cette nouvelle infrastructure ? Actuellement, 85 % des conteneurs à destination ou en provenance du Havre transitent par la route, tandis que le transport par voie fluviale représente environ 10 % et l’acheminement par voie ferroviaire seulement 5 %. Le port normand est en retard par rapport aux ports leaders en Europe tels qu’Anvers et Rotterdam qui eux, disposent d’un réseau fluvial plus important.
La chatière, en résumé c’est quoi ?
C’est un chenal maritime de 100 mètres de large qui permettra aux barges venues de la Seine d'accéder directement aux quais de Port 2000, quelles que soient les conditions météorologiques et de marées. Ce chenal sera protégé de la houle par une digue de 1 800 mètres de longueur, entre l’avant-port du port historique et l’avant-port de Port 2000. Crédit Image Haropa Port
« Port 2000 accueille les plus gros modèles de porte-conteneurs au monde »
Comment expliquer que le Havre soit si peu connecté à la Seine ? Depuis 2006 et la mise en service des terminaux maritimes de Port 2000, le fret bénéficie d’un port en eau profonde capable d’accueillir les plus gros porte-conteneurs au monde, 7 jours/7, 24 heures/24, sans contrainte de marée. Seul hic, Port 2000 ne dispose pas d’un accès direct à la Seine. Par conséquent, seules une dizaine de barges fluviales spécialement conçues peuvent sortir du port historique havrais, gagner la pleine mer et s’amarrer aux quais de Port 2000 pour charger/décharger directement leurs conteneurs. Tandis que les 90 autres unités fluviales qui circulent quotidiennement entre le bassin parisien et la baie de Seine sont contraintes de débuter/stopper leur navigation dans le port historique du Havre où les marchandises proviennent/repartent à bord de wagons, et le plus souvent à bord de camions.
« Une seule barge fluviale remplace 250 camions ou 125 wagons »
Que va permettre la chatière ?
Avec le chenal de la chatière, toutes les barges, quelle que soit leur conception, pourront accéder directement aux quais de port 2000. Leur circulation en mer, jusqu’alors impossible du fait des courants, des vagues et des marées, sera protégée en toutes conditions météos par cette longue digue de 1800 mètres parallèle aux quais.
Le résultat est un gain de fluidité et de compétitivité pour la logistique portuaire. En supprimant les ruptures de charge, les exploitants font l’économie d’opérations de manutention. C’est aussi un gain en matière d’émissions de CO2. Selon Haropa port : « Ce projet est essentiel pour décarboner la chaine logistique en sécurisant et multipliant le nombre de conteneurs transportés par voie fluviale au départ et à l’arrivée du Havre ». Quand une barge navigue sur la Seine, elle retire 250 camions du flux routier et elle émet 40 g de CO2 lorsqu’un camion en rejette 95.
Selon l’étude de la Société d’études techniques et économiques (SETEC) de 2017, la chatière permettra un recours accru au transport fluvial à hauteur de 13 % du fret à horizon 2040. Dès 2030, elle évitera la circulation de 12 000 à 43 000 poids lourds par an sur les routes, suivant les scénarios pris en compte. En 2070, ce serait entre 68 000 et 123 000 camions en moins.
L’étude met en lumière un gain de 20 400 tonnes par an en émissions de gaz à effet de serre sur la période 2024 - 2070. La montée en charge du transport fluvial créerait enfin 100 à 140 emplois supplémentaires sur le territoire.
L’aménagement de la chatière aura un impact crucial sur les activités des deux exploitants de Port 2000 que sont GMP qui opère pour la CMA-CGM et les Terminaux de Normandie pour l'armement MSC. Ce dernier par exemple, a investi 900 000 millions d’euros pour adapter les infrastructures de transbordement : des nouveaux portiques de 120 m, à la hauteur des plus gros modèles de porte-conteneurs du monde (capables de transporter l’équivalent de 13 000 camions de marchandises !) mais aussi en aménageant un poste à barges, dédié à l’amarrage des unités fluviales rendu possible par le nouveau chenal. « Aujourd’hui le projet que nous développons vise à tripler la capacité d’accueil de notre terminal et à doubler nos effectifs. On estime la création de 1100 emplois directs » explique François Guérin, directeur des Terminaux de Normandie.
Un projet à l’étude depuis 20 ans
Le feu vert pour les travaux de la chatière a été donné par arrêté en juin 2023. Avant d’en arriver là, de nombreux scénarios d’aménagements portuaires ont été étudiés pour favoriser le transport fluvial via l’axe Seine. Entre 2015 et 2017, la Direction territoriale du Havre a lancé une phase d’étude pour faire la synthèse des différentes pistes possibles avec l’objectif de disposer d’éléments socio-économiques, environnementaux et techniques qui permettent de les comparer. Cette phase d’étude s’est conclue par une concertation publique sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) entre octobre 2017 et janvier 2018.
A la suite de cette concertation, HAROPA PORT a acté, en mars 2018, la création d’une « chatière » et la mise en œuvre d’un plan d’action appelé « les cinq chantiers pour le développement du transport fluvial. Ce type de chantier étant source de perturbation des ressources halieutiques (pêche) et des milieux naturels (notamment les espèces protégées) des mesures compensatoires vont être prise dans une démarche ERC (« éviter, réduire, compenser »).
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