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Colline Saint Catherine

Sur les traces de Flaubert en Normandie

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En 2021, la Normandie célèbre le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, né à Rouen le 12 décembre 1821 et mort à Croisset en 1880. L’écrivain a vécu toute sa vie dans la région, où il a écrit l’essentiel de son œuvre dans sa maison des bords de Seine. Aujourd’hui, que reste-t-il de Flaubert en Normandie ? Balade en compagnie de l’écrivain et d’Yvan Leclerc, professeur émérite à l’université de Rouen.  

Une relation ambiguë entre Flaubert et la Normandie

Gustave Flaubert. Photographie par Nadar. BM de Rouen. Photo Th. Ascencio-Parvi.

"Je ne connais rien de plus ignoble que la Normandie !", écrit-il ainsi à sa nièce Caroline le 5 octobre 1870, confondant dans un même dégoût les hommes et le climat. La grasse Normandie, avec ses herbages et ses vaches, lui "agace les dents comme un plat d’oseilles crues", dit-il encore aux Goncourt, le 6 mai 1863. 

« Flaubert ne se sent guère Normand que pour se plaindre de cette appartenance, en romantique qui préférerait vivre ailleurs et qui rêve d’Orient »

Yvan Leclerc, professeur émérite à l’université de Rouen et spécialiste de Flaubert

Entre Flaubert et la Normandie, c’est un peu une histoire de vieux couple. Je t’aime, moi non plus. C’est qu’il a, au fond de l’âme "le brouillard du Nord" qu’il a respiré à sa naissance, le 12 décembre 1821 à Rouen. "Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisait quitter leur pays comme pour se quitter eux-mêmes", écrit-il à sa maîtresse, la poétesse Louise Colet, le 13 août 1846. 

Le Pavillon Flaubert à Croisset ©Rouen Normandie Tourisme

C’est pourtant bien en Normandie qu’il se retrouve. Il y résidera la plus grande partie de sa vie et c’est dans la maison familiale de Croisset, au bord de la Seine, qu’il écrit. Les paysages et la "couleur normande" n’ont cessé de l’inspirer. Pour le meilleur et parfois le plus cynique. "Flaubert ne donne pas une image idéalisée de la Normandie, explique Yvan Leclerc. Il ne se prête pas à la réclame touristique à la manière d’un Balzac en Touraine ou de George Sand pour le Berry. Mais dans un cadre qu’il décrit sans concession, il installe un chef d’œuvre." 

Lettre de Flaubert à Louise Colet, 13 août 1846.

Lettre de Flaubert à Louise Colet, 3 juillet 1852.

« Je suis un Barbare, j’en ai l’apathie musculaire, les langueurs nerveuses, les yeux verts et la haute taille ; mais j’en ai aussi l’élan, l’entêtement, l’irascibilité. Normands, tous que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines ; c’est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde. »

Gustave Flaubert, Lettre à Louise Colet, 3 juillet 1852

Gustave Flaubert passe sa jeunesse à Rouen, dans le logement de fonction de l’Hôtel-Dieu où son père exerce comme chirurgien-chef. Il observe depuis le jardin son père disséquer des cadavres. "Voilà pourquoi peut-être j’ai des allures à la fois funèbres et cyniques. Je n’aime point la vie et je n’ai point peur de la mort." (lettre à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie en 1857). L’hôpital est devenu préfecture, mais la maison natale se visite encore, transformée en musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine, clin d’œil à une "jeunesse marquée par une certaine vision de la vie et de la mort et par l’esprit de recherche scientifique", précise Yvan Leclerc.

À la mort de son père, en 1846, il s’installe avec sa mère à Croisset, près de Rouen, où il réside jusqu’à la fin de sa vie, en 1880. Flaubert y a installé sa table de travail au premier étage de la "maison blanche" avec vue sur la Seine. Loin d’elle, lors de son voyage en Orient, il en a la nostalgie : "Là-bas sur un fleuve moins antique, j’ai quelque part une maison blanche dont les volets sont fermés maintenant que je n’y suis pas. […] J’ai laissé le grand mur tapissé de roses avec le pavillon au bord de l’eau." Ce pavillon au bord de l’eau, qui se visite encore aujourd’hui, est le seul vestige de la maison de Croisset, démolie un an après la mort de Gustave pour laisser place à une usine. Croisset est un lieu de travail et de retraite pour l’auteur ; sa vie mondaine est à Paris. En retour, les habitants le connaissent peu. 

Sur les traces de Madame Bovary en Seine-Maritime

« Madame Bovary est le roman qui fait connaître Flaubert et par qui le scandale est arrivé »

Yvan Leclerc

La Normandie inspire l’auteur ; il la choisit comme cadre de son premier roman, le plus célèbre de tous : Madame Bovary, dont il entreprend l’écriture au retour de son voyage en Orient. Sous-titré "Mœurs de province", le roman se déroule dans une Normandie à la fois réelle, avec les villes de Rouen et de Tôtes, et imaginaire. Flaubert reprend ainsi le nom d’une source rouennaise pour créer "Yonville", plantant, dans le pays de Bray, une bourgade plus typiquement normande que toutes les communes existantes. L’écrivain y décrit l’ennui et la médiocrité d’un village. "Mes compatriotes rugiront, car la couleur normande du livre sera si vraie qu’elle les scandalisera", écrit-il à Louise Colet le 10 avril 1853. 

Le bal de la Vaubyessard, illustration d’Albert Fourié, 1906-1907. Dessin préparatoire à l'éd. Tallandier, 31 x 20 cm © Agence La Belle Vie / Musées de la Ville de Rouen

"On est ici sur les confins de la Normandie, de la Picardie et de l’Île-de-France, contrée bâtarde où le langage est sans accentuation, comme le paysage sans caractère. C’est là que l’on fait les pires fromages de Neufchâtel de tout l’arrondissement, et, d’autre part, la culture y est coûteuse, parce qu’il faut beaucoup de fumier pour engraisser ces terres friables pleines de sable et de cailloux." (extrait de Madame Bovary)

« La ville de Rouen dans Madame Bovary est sans doute le paysage normand le mieux décrit par Flaubert »

Yvan Leclerc

Flaubert peint le paysage industriel, mais aussi "la superbe vue panoramique du haut de la route de Neufchâtel" empruntée par Emma, et les intérieurs de la cathédrale. Rouen, encore, où Charles grandit et où Emma s’aventure en fiacre avec son amant, Léon. L’histoire même du couple Bovary s’inspire de celle des époux Delamare à Ry, petite commune au fond de la vallée du Crevon, à vingt kilomètres de Rouen.

La Mort de Madame Bovary, tableau d’Albert Fourié, 1883, huile sur toile, Rouen, musée des Beaux-Arts

Ry, un fait divers inspirant

Ry, 2020 ©MSM

À l’époque de Flaubert, le médecin - officier de santé de Ry - était Eugène Delamare. Il avait fait ses études de médecine sous la direction du père de l’écrivain et contracté un prêt auprès de Madame Flaubert. Sa vie de couple, avec sa jeune épouse Delphine, connaîtra le même découpage chronologique et le même funeste destin que celui du couple Bovary dans le roman. Dès sa parution, des lecteurs interrogent Flaubert sur la réalité de l’histoire et des lieux. Flaubert répond : "Madame Bovary est une pure invention. Ce qui n’empêche pas qu’ici en Normandie, on ait voulu découvrir dans mon roman une foule d’allusions."
L’exposition "Dépayser – Madame Bovary" du Frac Normandie Rouen propose d’explorer les rapports complexes entre la réalité du terrain et la fiction, à travers une série d’œuvres d’art contemporain. 
L’ensemble des expositions du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) "Déjouer Flaubert" en Normandie à retrouver sur le site flaubert21.fr

Après quatre ans et demi d’écriture, Madame Bovary paraît en 1857 et est aussitôt attaqué pour outrage aux bonnes mœurs et à la morale religieuse. Gustave Flaubert est acquitté, contrairement à Baudelaire poursuivi la même année pour Les Fleurs du mal. En grande partie grâce au scandale, le succès de son premier roman est immédiat et le demeure. Pour Yvan Leclerc, "cette histoire de femme énergique et tragique a encore quelque chose à nous dire". 

Dans le Calvados...

La Normandie servira encore de décor pour Un cœur simple, le premier de ces Trois contes (1877), dont le personnage principal, Félicité, est sans doute inspiré par Mademoiselle Julie, la servante de son enfance. Flaubert choisit Pont-l’Évêque, Honfleur, et Trouville, le lieu d’origine de sa mère et de ses propres amours adolescentes. "C’est alors une Normandie nostalgique et apaisée qu’il met en scène, un retour au territoire maternel qui sert de cadre à la modeste vie de Félicité", poursuit Yvan Leclerc. 

Il n’était pas acquis que le dernier roman de Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, laissé inachevé par sa mort brutale en mai 1880 et publié à titre posthume, se déroule également en Normandie. L’auteur avait d’abord pensé à Houdan. Mais finalement : "Je placerai Bouvard et Pécuchet entre la vallée de l’Orne et la vallée d’Auge, sur un plateau stupide, entre Caen et Falaise", écrit-il à sa nièce Caroline, le 24 juin 1874. Ayant effectué un voyage de repérage en 1877, il y campe la traversée de ces deux copistes dans cette "encyclopédie de la bêtise" humaine, qui reste encore un véritable ovni littéraire. 

Que lire de Flaubert ?

La meilleure façon de rendre hommage à Flaubert est de (re)lire son œuvre. Pour Yvan Leclerc, on peut lire Flaubert à tout âge : enfant, les premières lettres qu’il écrit à neuf ans ; pré-ado, Un cœur simple et La Légende de saint Julien l’Hospitalier. Plus tard, au lycée, Madame Bovary. Il faut sans doute être plus âgé pour la violence de Salammbô ou les expériences ratées de Bouvard et Pécuchet. C’est aussi un auteur qui "vieillit" avec nous : chaque âge de la vie donne un nouveau regard. Et sa correspondance, entre sa neuvième année et sa mort, peut accompagner une vie de bout en bout. 

La plupart des œuvres de Flaubert et sa correspondance (environ 4 500 lettres), ainsi que les manuscrits de Madame Bovary et de Bouvard et Pécuchet sont consultables en ligne sur le site Flaubert de l’Université de Rouen Normandie.

  • Œuvres complètes, t. IV et t. V, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, mai 2021. 
  • Album Gustave Flaubert, par Yvan Leclerc, Quinzaine de la Pléiade, mai 2021.
  • Salammbô, éd. Gisèle Séginger, nouvelle édition mise à jour [1re éd. 2001], GF Flammarion, 2021.
  • La Tentation de saint Antoine, éd. Gisèle Séginger, GF Flammarion, 2021.
  • Cabane fantastique. Édition diplomatique de la deuxième version (1856) de La Tentation de saint Antoine, éd. Atsuko Ogane, Droz, 2021.

Que lire à propos de Flaubert ?

Les éditions labellisées Flaubert 2021

  • À la table de Flaubert, textes de Valérie Duclos, photographie de Guillaume Czerw. Editions des Falaises
  • La Normandie de Flaubert, livre illustré, Editions des Falaises 
  • « Époque (la nôtre) : tonner contre ». Nouvelles de la bêtise, de Flaubert à nos jours, Editions des Falaises
  • La Méthode est trouvée, Eric Le Calvez, Editions Passage(s)
  • Flaubert et le scandale, Eric Le Calvez, Editions Passage(s)
  • Un rêve de Flaubert, Editions Passage(s)
  • Fortune et infortune des Flaubert, Daniel Fauvel et Hubert Hangard, Wooz Editions
  • #Bowary, œuvre numérique, écrite par 10 auteurs contemporains, porté par Baraques Walden, et accessible quotidiennement sur les réseaux sociaux Twitter, Facebook, Instagram
  • Madame Bovary à Lyons-la-forêt : Souvenirs de tournage dans la voix des Lyonsais, Association des Amis de Lyons-la-forêt 
  • Nogent-sur-Seine dans la vie et l'œuvre de Flaubert, Claude Chevreuil, livret réédité
  • Adaptation en BD de « Bibliomanie », Céka, Editions Varou
  • Le Château des Cœurs, Editions Points de Vues
  • Flaubert, itinéraire d’un écrivain Normand, Stéphanie Dord-Crouslé, Editions Gallimard, collection découvertes.

Autres éditions 

  • Flaubert aux prises avec le «genre». De la famille queer à «la Nouvelle femme», Jeanne Bem, Éditions Universitaires de Dijon
  • Fantaisie vagabonde. En Bretagne avec Flaubert, Thierry Dussard, Paulsen
  • Flaubert, les luxures de plume, Marie-Paule Farina, L’Harmattan
  • Le dernier bain de Flaubert, Régis Jauffret, Seuil
  • Gustave Flaubert et Michel Lévy, un couple explosif, Yvan Leclerc et Jean-Yves Mollier, Calmann-Lévy (à paraître fin 2021)
  • Le Paris de Flaubert, XIXe siècle, Eftychia Nicolakopoulou, Éditions Ocelotos
  • Flaubert, Thierry Poyet, Paris, Ellipses
  • Après la fin. Gustave Flaubert et le temps du roman, Véronique Samson,  Presses universitaires de Vincennes
  • L’Orient de Flaubert en images, Gisèle Séginger, Citadelles & Mazenot
  • Mes souvenirs sur Hugo et Flaubert, Gertrude Tennant, Éditions de Fallois

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