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Alexis Hanquinquant : un mental de Viking

Alexis Hanquinquant

Alexis Hanquinquant : un mental de Viking

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L'interview

Triple champion de France, d’Europe et du monde de paratriathlon, Alexis Hanquinquant fonçait sur les JO de Tokyo. Son rêve. C’était sans compter sur la crise sanitaire mondiale et l’annulation de toutes les compétitions. Ce coup dur n’a pas entamé la détermination de l’athlète... qui en a vu d’autres.  

« Je n’ai pas vraiment de handicap, j’ai une différence. »

Comment avez-vous vécu la reprise des entraînements après deux mois de confinement ?

Dès le premier jour, je suis remonté sur la selle de mon vélo pour prendre l’air et revoir ces paysages normands qui m’avaient tant manqué, le Pays de Caux, ses petites routes de campagne. C’est mon terrain de jeux. J’ai pu reprendre également la natation dans le bassin d’entraînement de l’Ile Lacroix à Rouen. Les 7-8 semaines d’interruption m’ont beaucoup affecté d’un point de vue physiologique. Il m’a fallu trois semaines pour que ça revienne.  

Au quotidien, vous vous entraînez avec trois sportifs sans handicap. Il n’y a pas de frontière entre triathlon et paratriathlon ? 

Valentin, Antoine, Mickaël sont des triathlètes à part entière, comme moi. J’ai ce statut de sportif de haut niveau paratriathlon parce que j’ai une jambe en moins mais je me sens triathlète bien plus que paratriathlète. Je cours 5 km en 17mn, je nage 750 m en 10mn 30 et je roule à 40 km/h à vélo, soit 30 à 33mn pour 20 km suivant les parcours. Je ne rougirais pas d’aller m’entraîner avec Vincent Luis (NDLR champion du monde de triathlon, catégorie Elite). Au quotidien, je m’entraîne avec des gens valides, dans ma tête je suis valide, pour moi je n’ai pas vraiment de handicap, j’ai une différence.

Il vous arrive de croiser les champions du triathlon sur certaines épreuves ?

Chaque année, je dispute 5 à 6 épreuves à l’international. Parmi-elles, deux sont des rendez-vous communs avec les Elites. Il y a un monde de décalage avec eux, ils ont des primes de course, pas nous. Nous sommes les mêmes compétiteurs, mais en tant qu’hommes et femmes, nous ne sommes pas constitués des mêmes choses. Nous avons vécu des choses qu’ils n’ont pas vécues.

La crise sanitaire internationale est venue mettre un coup de frein à votre première participation aux Jeux Olympiques de Tokyo. Vous auriez dû les disputer cet été ! 

Fin 2019, j’avais la chance d’être champion du monde à Lausanne ce qui validait mon ticket pour les JO. J’avais programmé toute ma saison 2020 et coché dans le calendrier toutes les courses pour y arriver au top de la forme. Malheureusement, début mars, tout s’est un peu effondré ! C’est difficile de se préparer 4 ans pour atteindre cet objectif, je le touchais du bout des doigts. Il a fallu l’accepter et maintenant je suis reparti au front. 

En 2013, trois ans après un accident professionnel qui vous a fait perdre l’usage d’une jambe, vous décidez de recourir à l’amputation et de vous lancer dans le triathlon. Comment êtes-vous parvenu à construire si vite ce nouveau projet ?

J’avais besoin de me dire que perdre une jambe n’était pas une fatalité, et même que cela allait me rendre plus fort. Il me fallait un objectif à la hauteur et, selon moi, le triathlon est l’un des sports les plus difficiles, avec trois disciplines qui demandent beaucoup d’investissement. C’est ce qui m’a donné envie d’avancer, tout de suite. Je sentais que ce sport était fait pour moi.  

Comment a été perçu votre projet à l’époque ? 

Les médecins m’ont tout de suite dit que j’avais un moignon un peu fragile et que ce n’était pas une bonne idée. Lorsque j’ai dit à ma femme, je veux faire les Jeux olympiques alors que je n’avais jamais essayé une prothèse de course à pied, elle m’a dit : "il faudrait peut-être redescendre sur terre". Je suis quelqu’un qui se donne beaucoup d’objectifs, c’est ce qui fait ma personnalité. J’ai un mental de Viking (sourire) !  

Son entourage

Du haut de son 1,95 m, Alexis Hanquinquant ne passe pas inaperçu au bord des bassins de l’Ile Lacroix (Rouen). Licencié du Rouen Triathlon et membre de la Team Normandie, il a aussi ce qu’il appelle « sa différence », sa lame de carbone à la place du tibia droit. La marque d’un accident professionnel en 2010, à l’âge de 24 ans alors qu’il venait de remporter le titre de champion de France de full contact. A aujourd’hui 34 ans, il peut toujours compter sur un entourage solide : sa femme et ses deux enfants, ses parents, son prothésiste, ses deux coachs (Nicolas Pouleau à Rouen et Nicolas Becker, entraîneur national de l’Équipe de France de paratriathlon) et ses partenaires d’entraînement. 

Quelle a été votre progression dans chacune des trois disciplines du triathlon ? 

À mes débuts, c’est en course à pied que j’avais le plus gros impact, c’est d’ailleurs ce que je préférais. J’ai ensuite augmenté mes capacités en vélo. Le point noir, c’était la natation. Aujourd’hui, je suis arrivé à un équilibre quasi-parfait, Je suis vraiment complet dans les trois disciplines. Et au niveau international, c’est ce qui fait la différence. 

À quoi ressemble une semaine de champion du monde de triathlon ?

En volume horaire, je tourne à peu près à 30 heures d’entraînement, ce qui représente 20 km de natation, 300 km de vélo et une quarantaine de km à pied. J’aime le triathlon car ce ne sont jamais les mêmes entraînements. Je suis salarié de Bouygues Bâtiment Grand Ouest, avec un emploi du temps très aménagé qui me permet de prioriser mes entraînements sportifs. 
 

Le costume de favori n’est pas trop lourd à porter ? 

Ça me plaît. Sur la ligne de départ, même si comme eux je suis un peu stressé, je ne laisse rien paraître, je veux leur faire comprendre que la victoire est pour moi ! Dès l’arrivée sur le parc à vélo, je suis un peu scruté. Je suis aussi l’un des premiers à avoir innové sur les points de transition, le premier à avoir pédalé avec la lame (NDLR : les autres athlètes ont une prothèse spécifique pour le vélo et une seconde pour la course à pied). On a conçu avec mon prothésiste une pédale avec une coque en carbone ce qui fait gagner quelques secondes. Les transitions sont très importantes dans le triathlon, encore plus dans un format sprint.

Avec une médaille d’or olympique, seriez-vous au bout de votre rêve ? 

C’est la longévité qui me fait rêver ! Après Tokyo, je serai habité par les JO de Paris, c’est une telle chance de faire les Jeux en France. J’aurai 38 ans, je ne sais pas si je serai en fin de carrière mais j’aurai forcément envie d’être compétitif, de me qualifier et de faire le meilleur résultat possible. 

Que représente pour vous la Team Normandie ?

Je suis très très chauvin. Je suis fier d’être Yvetotais, Normand, Français : les trois réunis me vont très bien. Lorsqu’on m’a proposé d’intégrer la Team Normandie, j’ai naturellement accepté. J’y ai croisé des sportifs qui ont les mêmes approches que moi, on a des horizons et des parcours différents mais il y a des complémentarités. Le mélange des expériences, c’est toujours bon à prendre. 

Team Normandie

Team Normandie : nouvelle vague

À l’occasion de son 1er campus d’automne, le collectif d’athlètes normands de haut niveau entamera les 23 et 24 octobre prochains sa dernière ligne droite vers les JO de Tokyo (reportés à l’été 2021). L’occasion pour la Région d’intégrer, en partenariat avec les ligues des différentes disciplines, de nouveaux athlètes à suivre jusqu’aux JO de Paris 2024 ! Et de les accompagner au mieux dans leur quête de podiums en France et à l’international. 

Tous Normands

Retrouvez cette interview dans le magazine Tous Normands #2, disponible dans plus de 120 communes et villes en Normandie : commerces de proximités, cafés, restaurants, supérettes, cinémas, bibliothèques, intercommunalités, mairies, espaces publics …

Tous Normands vous présente les différentes actions menées en Normandie dans tous les domaines dont la Région a la charge !

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