Le patrimoine industriel de l'Orne

Dans l’Orne, les ressources en matières premières, en combustible et en énergie motrice (eau) ont permis le développement d’activités artisanales et industrielles.
La métallurgie, la céramique, le textile, et la transformation agro-alimentaire furent les activités principales du territoire.

Depuis 1982, 319 établissements industriels ont été étudiés par l’Inventaire. Cette recherche a abouti à un programme raisonné de protection et à l’ouverture de chantiers de fouilles archéologiques sur les trois grands sites ornais de production du fer (Aube, Champ-de-la-Pierre, Champsecret).

Les photographies de Pascal Corbierre et François Decaëns illustrent l'étude et l'ouvrage de Yannick Lecherbonnier  La forge de Varenne à Champsecret, Orne, Cahiers du temps, 2003.

La forge de Varenne à Champsecret
Créée au milieu du XVIe siècle, puis désaffectée en 1866, elle est aujourd’hui sans doute le témoignage le plus saisissant de ce long passé industriel ornais. Ce site de production sidérurgique "préindustrielle" regroupe un ensemble complet de production : le haut-fourneau, l’affinerie, la fenderie, le magasin à fer, un logement ouvrier, la chapelle des forgerons ainsi que le système hydraulique avec ses bassins de retenue, ses canaux d’amenée et de fuite, ont été classés au titre des Monuments historiques en 1987.

La Forge de Varenne à Champsecret.
Forge de Varenne - Logement du maître de forges.
Le site de la forge, entre la rivière Varenne et la forêt d’Andaines, fournissait l’énergie nécessaire pour l’industrie sidérurgique.
La vue d’ensemble montre l’organisation du site : le haut fourneau, les forges, la chapelle.
Point de départ du système hydraulique, le canal d’amenée de l’affinerie donnait l’eau à deux roues hydrauliques.
Le canal d’amenée alimentait ensuite le bassin de retenue de l’affinerie, réservoir de belles proportions.
Dans le haut fourneau, d’une hauteur de 8,40 mètres, on procédait à la réduction du minerai de fer en fonte.
Inscription gravée sur une pierre du haut fourneau : Chanconel le constructeur, 1767 la date de la construction.
Par le « gueulard » s’effectuait le chargement du charbon de bois, puis du minerai et de la castine.
Dans l’affinerie (ne restent que les foyers et les cheminées des fours) on transformait les pièces coulées au haut fourneau en fer.
A droite du four en chaînage en pierre (17e siècle), la chute d'eau alimentait le canal des roues.
Le canal de fuite de la chaufferie permettait d’évacuer l’eau de l’affinerie et du marteau (en arrière-plan la chapelle des forgerons).
Dans ce four à réchauffer de la fenderie, on réchauffait les barres de fer avant de les découper et de les aplatir.
Le magasin à fer (construit fin 17e) : on y entreposait les barres de fer et les bottes de verges
Magasin à fer construit en matériaux locaux : le corps central est encadré par deux annexes en pierre de blocage et de granite. Les toits à longs pans sont en tuile plate.
La trentaine de logements ouvriers (aux toits à longs pans en tuile plate) s’alignait le long du chemin menant à la chapelle.
Les logements ouvriers de très petite taille (1 étage carré) offraient néanmoins un certain niveau de confort.
Le « château », demeure bourgeoise probablement construit sur les fondations de l’ancien logement du maître fondeur.
La présence d’une chapelle était fréquente sur les sites de forge. Celle-ci, modeste, date du début du 17e siècle.
Le clocher de la chapelle des forgerons a été ajouté en 1806.
Saint Eloi, patron des forgerons, statue de pierre du XVIIe siècle.
Sainte Anne, patronne des mineurs, sculpture du XVIIe siècle

La saga des briques des Chauffetières au Hôme-Chamondot (Photographies : Pascal Corbierre)

La briqueterie des Chauffetières est l’un des derniers vestiges d’une activité pourtant largement répandue en Normandie dans les siècles derniers. Attestée dès 1760 (décrite dans l'Encyclopédie), elle fut reprise par la famille Fontaine en 1890. Aujourd’hui elle produit jusqu’à 3 000 briques par jour, essentiellement destinées aux chantiers de restauration des Monuments historiques.

 

La briqueterie des Chauffetières au Hôme-Chamondot - Atelier de fabrication
Monsieur Fontaine le patron et son personnel, au début du 20e siècle.
C’est dans les carrières d’argile ferrugineuse que l’on extrait la matière première des briques.
L’argile extraite est transportée jusqu’à l’usine dans ces wagonnets.
Vue aérienne sur l’atelier de fabrication et le logement patronal.
L’argile est alors broyée, puis humidifiée et homogénéisée dans le broyeur-mélangeur.
Puis l'argile est placée dans l’étireuse pour être comprimée par un piston.
Etireuse à piston à simple effet, marque Delahaye, datant de la fin du 19e siècle.
C’est dans l’atelier de fabrication que l’argile, une fois préparée, est façonnée de manière à créer la brique.
Les briques sont façonnées soit au moyen d’une presse mécanique soit à la main dans ces moules en bois.
Différents moules en bois servent pour la confection de briques (au centre, moule pour brique de puits).
Les briques moulées doivent ensuite sécher plusieurs jours sur chaque face avant la cuisson.
Les briques sont alors stockées et empilées, en attendant qu’il y en ait suffisamment pour faire une cuisson.
Ultime étape : la cuisson. Il faut 1 semaine pour enfourner les 10 000 briques qui cuiront ensuite pendant 7 jours.
Un vestige du premier four de cuisson, détruit en 1990.
Ces milliers de briques serviront principalement à la restauration des Monuments historiques..

L’entreprise Bohin à Saint-Sulpice-sur-Risle (Photographies : François Decaëns)

L’entreprise Bohin située à Saint-Sulpice-sur-Risle est aujourd’hui le dernier site de fabrication d’aiguilles à coudre en Europe. Créée en 1868 par Benjamin Bohin dans une région où cette activité était déjà très répandue, elle a connu un développement rapide et jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. Le remarquable état de conservation des bâtiments (qui n’ont pratiquement pas été modifiés depuis la fin du 19e siècle) et des machines (datant pour la plupart de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle) a justifié sa protection au titre des Monuments historiques en 1995.

L’entreprise Bohin située à Saint-Sulpice-sur-Risle dans l'Orne est aujourd’hui le dernier site de fabrication d’aiguilles à coudre en Europe.
Bureau de l'entreprise Bohin, cheminée d'usine, chaufferie et atelier de fabrication.
L'atelier de fabrication (n°1) et le canal qui alimente l’usine Bohin en énergie hydraulique.
Ateliers de fabrication.
L’atelier de fabrication n°1 et le déversoir.
L'atelier de fabrication n°3.
L’atelier de fabrication n°1 et le canal.
L’atelier de fabrication et le déversoir pris du sud-est
L’atelier de fabrication et le canal.
La conciergerie, vue prise du nord.
A l’intérieur d’un atelier, enfilade de machines de production datant du début du 20e siècle
Détail d'une machine de marque Patente, assurant l'ébarbage des chas des aiguilles et leur retournement.
Ouvrier disposant les aiguilles sur un plateau de bois crénelé, afin de les répartir manuellement par vibration en paquets homogènes. Il tient son savoir-faire unique de son père.
Machine à trier les aiguilles par taille.
Machine à trier les aiguilles, détail des coupelles de cuivre.
Modifié le 22/09/2016