Forum Normandie pour la paix : J2

Le 08 Juin 2018
Plus de 5000 participants, dont de nombreux étudiants et lycéens, et 60 journalistes pour cette première édition. Rendez-vous l'année prochaine !
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La journée de jeudi s’est achevée avec le témoignage de Lassana Bathily, rescapé de l’attentat perpétré contre l’Hypercasher de la porte de Vincennes, qui a raconté par le menu sa folle et tragique journée du 9 janvier 2015. Son récit a conclu la conférence plénière intitulée « Terrorisme et nouvelles violences : comment faire face ? » où sont notamment intervenus Pierre de Bousquet de Florian, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, et Mohammed Mahmoud Ould Mohamedou, ancien ministre des Affaires étrangères de Mauritanie.

Ce vendredi matin, place aux jeunes avec la présentation du nouveau prix Liberté qui récompensera à partir de 2019 une personnalité engagée de façon exceptionnelle en faveur de la liberté. Créé par la Région Normandie, ce prix sera décerné par un panel de jeunes du monde entier, selon un processus pédagogique inédit. Le premier lauréat sera dévoilé lors de la 2e édition du forum Normandie pour la paix.

Les conflits de demain

A 10h30, RDV à la conférence plénière sur le thème : « Aux origines des conflits de demain, quels facteurs de déstabilisation ? ». Pour répondre à cette vaste question, les organisateurs de Normandie pour la Paix ont convié des personnalités de très haut vol, à commencer par le 8e secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon. « Nous sommes face à de nombreux défis, a-t-il rappelé, mais aussi face à de nombreuses opportunités pour que le monde aille mieux. Je répète souvent aux leaders mondiaux qu’ils s’assurent que leur leadership serve leur peuple mais aussi le peuple du monde. Nous devons avoir une citoyenneté mondiale ! »

Alain Boinet, fondateur de l’ONG Solidarités International, souligne que la tendance est à la diminution des conflits mais que paradoxalement, le nombre de réfugiés est passé de 40 millions de personnes en 2006 pour atteindre le chiffre de 70 millions cette année. « Quand une population n’a pas les moyens vitaux, elle se met en marche pour les trouver » a-t-il expliqué.

La conclusion revenant à Jean Fabre, ancien directeur adjoint au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui a exhorté tous et toutes à oser la fraternité : « La pauvreté tue davantage que les guerres et il y a 15 fois plus de risque de conflits dans les pays pauvres que dans les pays riches. N’oublions pas qu’à travers le monde, ce sont 1 700 milliards d’euros dépensés chaque année dans l’armement quand 140 milliards sont  injectés dans l’aide au développement. Le partage est une chose nécessaire » a souligné ce grand spécialiste sous les applaudissements de la salle  avant de laisser la place à l’appel de la Normandie en faveur des Rohingyas.

L’appel de Normandie

Les Rohingyas sont des musulmans birmans persécutés dans leur propre pays. A ce jour, 700 000 personnes ont été déplacées avec le lot d’exactions, de viols, de meurtres que cela implique. Après son bac, Tun Khin, président de l’organisation Burmese Rohingyas UK (BROUK) et Rohingya, a fui son pays pour suivre ses études en Angleterre, ce droit  lui étant interdit en Birmanie en raison de son origine ethnique. Son témoignage fait grande impression : « C’est une persécution systématique contre mon peuple, une persécution religieuse, ethnique et culturelle. Pour moi, ce qu’il se passe avec les Rohingyas est un génocide car fait de manière délibérée ». Philippe Bolopion, de Human Rights Watch, abonde : « En Birmanie, il y a un énorme racisme envers les Rohingyas. L’Etat Birman ne cache pas ce qu’il est en train de faire. Il faut que la communauté internationale bouge sinon il n’y aura plus de Rohingyas en Birmanie ». D’où l’appel de Normandie lancé par Hervé Morin.

Commémorer, raconter, éduRencontre entre Lassana Bathily et Latifa Ibn Ziatenquer : comment fonder la culture de paix

Les débats sont également très prisés du public ; les questions abordées et la qualité des intervenants y étant pour beaucoup. Les quatre invités autour de la question Commémorer, raconter, éduquer : comment fonder la culture de paix ? ont, avant tout, délivré des messages de paix. A l’image de Latifa Ibn Ziaten, dont le fils a été abattu par Mohamed Merah : « Si je suis là c’est parce que mon fils est mort debout alors je dois rester debout. L’Education Nationale n’est pas la seule solution à l’éducation car celle-ci commence à la maison. Les parents doivent cadrer leurs enfants, ils se doivent de les accompagner ».

Pour le fils de Simone Veil, Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem : « Commémorer, raconter, éduquer sont les fondamentaux de Yad Vashem car ce sont les facteurs indispensables pour construire la paix ».

La Tunisienne Marwa Mansouri, présidente de l’association Cultivons la paix, fondatrice et secrétaire de l’association Coexistence se demande, elle, comment éduquer à la non-violence. « Je viens d’un pays qui a vécu le printemps arabe en janvier 2011 avec des gens privés de leur liberté de conscience et d’autres  de leur liberté d’expression, avec tous les antagonismes que cela implique. Il n’y avait pas de vivre ensemble en Tunisie et sans vivre ensemble, il n’y a pas de démocratie ».

Le changement climatique : pire que les conflits armés

Tous les intervenants insistent sur la gravité des phénomènes et des conséquences du changement climatique partout dans le monde. Une sorte de bombe à retardement qui chassera de leur pays des dizaines (voire centaines !) de millions de personnes. « Il y a déjà 3 fois plus de personnes déplacées à cause du changement climatique qu’à cause des situations de conflits », souligne la Néerlandaise Annick Hiensch, responsable des affaires politiques au bureau de liaison de l’ONU pour la paix et la sécurité. « Il faut absolument se mobiliser et agir à tous les niveaux, individuel, local, national, européen et planétaire », martèlent en chœur les autres intervenants, Magnus Berntsson, président de l’Assemblée des régions d’Europe, en tête. « Il faut que les responsables politiques de tous bords comprennent enfin que lutter contre le changement climatique, c’est construire un nouveau projet de société qui nécessite de tout repenser et de tout reconstruire, et qui donc créera de l’emploi », insiste Valéry Laramée de Tannenberg, rédacteur en chef du Journal de l’Environnement.

Ne pas laisser les gens avec leurs peurs

« Sur la question des réfugiés, on ne voit que les conséquences, on ne parle que de chiffres, on ne voit pas les visages, on oublie les causes ». C’est ainsi que Bostjan Videmsek, journaliste reporter de guerre et correspondant à l’étranger, plante le décor pour lancer le débat « Quelle réponse à la crise des réfugiés ». « Il y a des causes visibles mais il y a aussi des causes profondes qu’il faut aller chercher, explique Jean-Jacques Poumo Leumbe, président d’APADIME. Par exemple au Congo, il y a une guerre de minerais et derrière il y a des multinationales qui veulent se partager les ressources. Il est temps d’aller à la source, de s’attaquer aux causes racines. »

« Aujourd’hui pour traiter la question des réfugiés, estime Ralf Guenert, représentant du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), il faut partager les responsabilités à l’échelle internationale, il faut inventer de nouveaux outils pour cela. Il faut aussi que démontrer aux populations européennes que l’accueil des réfugiés peut être une opération gagnant-gagnant, il ne faut pas laisser les gens avec leurs peurs, il faut parler, expliquer. Il y a en Europe une majorité de gens ouverts. »

Rendez-vous l’année prochaine !

19h. Après une dernière conférence consacrée à « Comment définir une nouvelle paix », le rideau de ce premier forum mondial Normandie pour la paix retombe.

Le dernier mot revient au président Hervé Morin qui se projette déjà l’année prochaine : « A travers ces échanges de très haute tenue, la Normandie a montré sa capacité à accueillir un événement de cette ampleur. Nous allons travailler dès à présent sur plusieurs pistes qui me tiennent à cœur : faire de ce forum un rendez-vous ouvert à tous, la présence de ces centaines de lycées durant ces deux jours était magique et nous allons poursuivre dans cette voie. Je souhaite aussi que nous nous appliquions à l’avenir à bâtir avec des scientifiques et des universitaires, des modèles de médiation qui pourront être déclinés partout dans le monde. Il faut également faire en sorte que la Normandie devienne le lieu où se renouent les fils d’un dialogue qui a été perdu, et où on présente les initiatives qui fonctionnent en matière d’éducation et de développement. La Normandie est et sera la grande région de la paix et de la liberté ! »

Normandie Pour la Paix - 7 juin 2018

Ils ont participé à la première édition du forum mondial :