Forum Normandie pour la Paix : comprendre la guerre pour mieux construire la paix

Le 07 Juin 2018
Jeudi 7 juin, 9 heures du matin. Des centaines de lycéens, étudiants, enseignants, retraités, élus et militants associatifs affluent sur le site de l’Abbaye-aux-Dames à Caen pour assister au premier Forum Normandie pour la Paix organisé par la Région Normandie.
Abbaye-aux-Dames

Texte personnalisé

Pour l’ouverture de cet événement international, de grandes personnalités sont réunies dans la salle des séances plénières devant un public dense pour évoquer l’état du monde, ses conflits, tensions et violences contemporaines. « J’ai voulu que cet événement ne soit pas seulement dédié à l’observation et à l’analyse, prévient en préambule Hervé Morin, le président de la Région Normandie, mais qu’il soit aussi dédié à l’action. Cela suppose d’analyser les enchaînements qui amènent de la crise à la guerre pour mieux les prévenir, identifier les causes majeures précurseurs de conflits.»

Et c’est ce à quoi vont s’attacher les différents intervenants de cette conférence inaugurale. Citant le philosophe Tocqueville, Ramon Luis Valcarcel Siso, vice-président du Parlement européen, rappelle que les guerres sont aujourd’hui moins nombreuses qu’aux siècles passés mais que « Plus l’écart entre une situation réelle et une situation idéale s’estompe, plus il devient insupportable ».

La présidente honoraire de l’Appel de Genève, Elisabeth Decrey Warner, enjoint la communauté internationale à travailler avec les groupes armés non étatiques pour les sensibiliser à la paix et aux droits de l’homme. Pour l’ancien ministre Hubert Védrine « l’Europe est la fille de la paix ». Abdoulaye Bathily, ex représentant aux Nations Unies pour l’Afrique centrale, dresse un tableau du continent africain où les conflits découlent de plus en plus de l’aggravation du climat, doublée d’un échec politique et économique. Plus largement, selon Renaud Girard, grand reporter au journal Le Figaro : « Le destin de la planète ne veut plus obéir à l’Occident ». Le mot de la fin revenant à Bertrand Badie, professeur des universités en sciences politiques : « Quand vous ferez de l’autre votre égal, vous en ferez un pacifique ».

Le Village pour la Paix

Pendant ce temps, de nombreux jeunes se pressent sur les stands des ONG présentes sur le Village de la paix, qui accueille aussi une série d’expositions ainsi qu’une vaste librairie éphémère où peut être consultée à loisir toute une sélection d’ouvrages sur le thème de la paix, de la mémoire et de la liberté (et rencontrer des auteurs).

Des ateliers qui font salles combles

Après la pause repas, l’intérêt du public ne retombe pas. Les files d’attente se forment pour assister à tel ou tel débat, à l’image de celui qui se tient dans l’auditorium de l’abbaye où de nombreux lycéens, notamment, se sont engouffrés. Attentifs, ils écoutent les témoignages de grands reporters de guerre qui ont couvert conflits, massacres, génocides au Cambodge, au Rwanda, en Bosnie, ou en Birmanie avec l’actuelle déportation des Rohingyas. Le thème qui les réunit en ce début d’après-midi est « comment dire l’indicible ?». Sur ce sujet quasi philosophique, leur approche est pédagogique. Pour Renaud Girard, du Figaro : « Il faut vérifier les rumeurs et raconter ce que l’on voit ». Jon Swain, du Sunday Times, explique qu’il est le témoin de ses contemporains, leurs yeux et leurs oreilles. Rémy Ourdan du journal Le Monde pense quant à lui que « rien n’est indicible car il y a toujours un moyen de raconter, sauf pour les victimes. Il faut trouver les bons mots, les mots justes pour que nous puissions informer et que les gens puissent nous lire», conclut le journaliste.

Témoignage d’un ex enfant soldat

Le récit poignant de Michel Chikwanine, kidnappé à 5 ans en République Démocratique du Congo, fait grande impression lors du débat intitulé « Enfants soldats : prévenir leur recrutement, garantir leur réinsertion ». A la question comment réinsérer, celui qui est maintenant étudiant à Toronto répond : « Il faut que les pays occidentaux se posent les bonnes questions : c’est notamment à cause de la prolifération des armes de petit calibre qu’on a recours aux enfants soldats. Enfant soldat n’est pas un statut à vie, même si cet épisode traumatique nous accompagne tous les jours. Réinsérer demande des moyens et des solutions individualisées. Est-ce qu’on est prêt à investir dans la paix, même si cela rapporte moins d’argent que la guerre ? »

Normandie Pour la Paix - 8 juin 2018

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