Alençon

Alençon, préfecture du département de l’Orne, fut longtemps une importante place administrative et économique, renommée pour sa dentelle et son imprimerie. L’Inventaire du patrimoine a publié deux itinéraires dédiés à deux édifices majeurs de la ville : l’ancien Hôtel de Guise devenu Hôtel de la Préfecture et du Département, et l’ancienne Église des Jésuites aujourd’hui médiathèque.

L'hôtel de Guise

L’étude de l’hôtel de Guise a été réalisée à l’occasion du bicentenaire du corps préfectoral en 2000. Elle met en évidence la singularité de cet édifice dans le paysage architectural de la ville. Construit pour un particulier dans les années 1630, l’hôtel devient la résidence des intendants de la généralité d’Alençon au XVIIIe siècle. Après la Révolution, il accueille le siège du Conseil général de l’Orne en 1790, puis l’institution préfectorale en 1800. Modelé à diverses reprises, classé monument historique en 1903, il est aujourd’hui l’une des plus belles résidences préfectorales de France, avec ses façades atypiques de brique rose et ses entourages en granit.

Campagne photographique réalisée par Pascal Corbierre et François Decaëns à l'occasion de la publication L'hôtel de Guise, préfecture et Conseil général de l'Orne, Alençon rédigée par Stéphanie Dargaud, en 2000.

Guise construit vers 1630, est aujourd’hui le seul exemple de style Louis XIII à Alençon.
L’hôtel de la Préfecture de l’Orne, à l’origine hôtel de Guise construit vers 1630, est aujourd’hui le seul exemple de style Louis XIII à Alençon. En 1810, le haut mur de clôture sur la rue fut remplacé par une grille, permettant désormais de contempler la plus originale des résidences alençonnaises. Elle se distingue notamment par la bichromie de ses façades, rappelant celles des châteaux de Beaumesnil et Balleroy
Vue cavalière d’Alençon au milieu du XIXe siècle. On reconnaît les toitures en ardoise de l’hôtel de la préfecture. Lorsqu’en 1800 le Premier Consul Bonaparte crée le corps préfectoral, c’est à Alençon que s’installe l’administration du département de l’Orne, dans l’ancien hôtel de l’Intendance : « le plus superbe hôtel de la province entière » d’après le Conseil municipal de l’époque.
Plan de l’hôtel et des jardins de la Préfecture au début du XIXe siècle. A l’origine, le vaste jardin à la française était composé, dans la perspective du bâtiment, d’un parterre de verdure terminé par un saut de loup, d’un potager en contrebas à l’ouest et d’un rond-point de verdure à l’est. Il fut redessiné au début du XIXe siècle en jardin à l’anglaise, agrémenté de fontaines et de sculptures.
Elévation sud du corps de logis. Le contraste est vif entre les briques rouges du parement et le granit des encadrements des baies et des chaînes harpées marquant les angles. Le haut pavillon central, flanqué de deux ailes et renfermant l’escalier d’honneur, domine nettement la composition.
Le « pavillon neuf », érigé entre 1767 et 1772 à l’extrémité orientale du corps de logis, en retour sur la cour d’honneur est visible sur la partie droite de cette gravure. Il devait abriter les appartements de Madame l’Intendante. Malgré les extensions, l’ensemble architectural présente une grande homogénéité. Les agrandissements successifs ont toujours été réalisés avec les matériaux initiaux, afin de respecter la bichromie des façades. Cette volonté d’uniformiser nouvelles et anciennes constructions étai
Le corps de logis vu depuis le passage de l’aile de service. On distingue au fond à gauche l’extension de l’aile ouest réalisée en 1677. Elle déséquilibra le parti pris architectural initial, fondé sur une symétrie parfaite des deux ailes constituées de trois travées.
Plan du 1er étage de l’aile de service. Cette dernière a été ajoutée entre 1774 et 1776 pour relier les appartements du « pavillon neuf » et les cuisines installées dans le pavillon d’entrée. L’étage était réservé aux pièces de service.
Porte d’entrée sur cour. Le motif de bossage en granit que l’on retrouve sur les jambages de la porte d’entrée, sur les encadrements des baies et pour les chaînes d’angle, renforce la verticalité de la façade.
Oeil-de-bœuf sur le pavillon central. L’ornementation de ce dernier a été particulièrement soignée : masque grotesque des œil-de-bœuf, cartouche, guirlandes et volutes du fronton animent la façade sur cour.
L’escalier d’honneur. Datant du début du XVIIe siècle, il est le seul témoin des dispositions intérieures du premier édifice. Soutenu par deux colonnes de granit, cet escalier tournant à trois volées droites commande l’accès aux appartements de l’étage. L’élégante rampe en ferronnerie à décor de pilastres a été ajoutée en 1803.
Les anciennes cuisines de l’Intendance, aujourd’hui « salle des gardes ». Ce bel espace voûté, réalisé entre 1774 et 1776, constitue un témoignage rare d’aménagement domestique du XVIIIe siècle. La cheminée qui servait de foyer était complétée par trois potagers sur lesquels on cuisinait les aliments. La pièce était prolongée en arrière par une rôtisserie.
Le salon de compagnie avant 1949. Il avait été richement ornementé par le « menuisier sculpteur » parisien Fixon. Au dessus d’une frise d’oves se déployait un remarquable décor sculpté. De style néo-classique, il était composé de chapiteaux ioniques, de dessus-de-porte ornés des attributs des Arts et des Sciences, et d’une corniche à guirlande végétale.
Le salon de compagnie aujourd’hui. Ravagé par l’incendie de 1949, il a été restauré à l’économie. De l’abondant décor initial, il ne reste pratiquement rien.
La cheminée du salon de compagnie, exécutée en marbre blanc, présente un décor d’une grande finesse.
Détail d’un panneau de porte. Ce motif décoratif est l’un des emblèmes préfectoraux : le glaive entouré de rameaux d’olivier.
La couronne de chêne, autre emblème préfectoraLa couronne de chêne, autre emblème préfectoral est représentée sur ce panneau de porte.
La salle à manger a été aménagée par Louis Alexandre de Cessart. Le dallage d’origine noir et blanc fut remplacé en 1850 par un parquet.
Détail du décor de la salle à manger. Les voussures à motifs de vases et de coquilles furent réalisées sur des modèles envoyés de Paris.

La bibliothèque d’Alençon

Elle est installée depuis 1803 dans l’ancienne église du collège des Jésuites, édifiée entre 1679 et 1708. L’étude, publiée à l’occasion de la restauration complète du bâtiment en 2006, met en valeur le caractère remarquable de l’édifice. Il constitue en effet l’un des rares témoignages de l’architecture baroque dans l’ouest de la France, avec ses lignes ondulées, son profil galbé, sa charpente dite « à l’impériale » couronnée d’un campanile hexagonal et son élégant décor rapporté. La collection de livres, la plus importante de Basse-Normandie, compte plus de 100 000 volumes dont de précieux ouvrages issus du collège des Jésuites et des bibliothèques des grandes abbayes voisines. La bibliothèque est inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1926.

Les photographies de Pascal Corbierre ont été réalisées pour la publication La bibliothèque d'Alençon, Orne rédigée par Stéphane Allavena en 2006.

Ancienne église du collège des jésuites, actuellement bibliothèque d'Alençon.
Église du collège des jésuites, façade orientale, Elle a été élevée entre 1679 et 1708 grâce à de nombreux dons privés. Sa façade très mouvementée, toute en courbes et contre-courbes, n’est pas sans rappeler les audaces du baroque italien. Ce style architectural tranche radicalement avec la sévérité d’autres églises jésuites normandes, comme Notre-Dame de la Gloriette à Caen.
Plan du rez-de-chaussée de l’église, 1827. Le plan adopte une grande simplicité : un porche orienté à l’est, une nef, un transept non-saillant bordé par deux chapelles, une abside polygonale tournée vers l’occident. L’éclairage est fourni par une série de baies cintrées aménagées dans la nef et le chœur, dont bon nombre ont été bouchées depuis. En 1827 est édifié un second bâtiment comprenant un corps de logis et deux pavillons. A cette époque, le collège des jésuites jouit d’un rayonnement intellectuel imp
Porte à deux vantaux de l’avant-corps. Elle est ornée des armes alençonnaises "d'azur, à un aigle à deux têtes d'or", et des initiales de la compagnie de Jésus (IS).
Elévations sud et est, vue depuis l’avant-cour. On distingue les pilastres monumentaux de la façade orientale, qui confèrent à l’église un puissant élan vertical. Les courbes du toit à l’impériale en ardoise font écho à celles de la façade.
Détail de l’entablement. Surmontant le porche central et les bas-côtés, il est animé lui aussi de lignes ondulées, et orné de quatre pots à feu. Entablement et pilastres sont traités en granit apparent, tandis que les parois murales sont recouvertes d’enduit. Une partie des pierres de l’église proviennent de l’ancienne chapelle Saint-Joseph, située dans le parc du château des ducs d’Alençon.
Vue sur la lanterne octogonale pourvue d’un clocheton en zinc, qui couronne le toit à l’impériale. Cette petite tourelle percée de fenêtres permet d’éclairer l’édifice par le haut. D’origine carolingienne, on la retrouve dans nombre d’édifices religieux normands de l’époque médiévale.
Elévation sud. Suite à l’expulsion des jésuites de la ville d’Alençon en 1762, l’église est profondément remaniée à la fin du XVIIIe siècle, dans le but d’accueillir l’Ecole centrale du département. L’architecte Jean Delarue chargé des travaux coupe horizontalement l’édifice en deux parties, et fait percer dans la toiture six lucarnes pour distribuer une lumière abondante.
Bibliothèque. Construction d'annexes. Plan, coupe et élévation, 22 mai 1897. Jean Delarue modifie radicalement l’intérieur de l’église : le rez-de-chaussée devient une salle d’exercices publics, où sont organisés conférences, lectures et bals, tandis que le premier étage est aménagé en salle de dessin, puis en bibliothèque. L’architecte prévoit également plusieurs extensions pour accueillir les élèves de plus en plus nombreux.
Bibliothèque. Construction d'annexes. Plan du 1er étage de la bibliothèque, 1897. Le vaisseau central, œuvre de l’architecte Jean Delarue, est achevé en 1799. Mesurant 26 mètres de long sur 8 mètres de large, il est entièrement parqueté au point de Hongrie.
Corps de logis des jésuites, actuellement médiathèque. Elévation sur cour. C’est l’une des deux ailes ajoutées en 1829 perpendiculairement au premier corps de logis. Elles étaient destinées à recevoir au sud un réfectoire et un dortoir, au nord des salles de classe. En 1846, une troisième aile fut bâtie à l’ouest, fermant la cour intérieure et donnant à l’ensemble sa physionomie actuelle.
Corps de logis des jésuites, actuellement médiathèque. Détail de l'élévation sur cour. Les deux ailes de 1829 ont été réalisées par Félix Delarue, neveu de Jean Delarue, en harmonie avec les bâtiments initiaux du XVIIIe siècle.
Salle de lecture du rez-de-chaussée et son mobilier. Aujourd’hui appelée « salle du collège », elle comprend deux rangées de cinq colonnes d’ordre toscan au galbe discret, en stuc et faux marbre. Elle accueille 16 000 livres anciens, parmi lesquels des ouvrages religieux des XVIe et XVIIe siècles reliés en parchemin couleur ivoire. Deux niches, de part et d’autre du départ de l’escalier, abritent : à gauche un moulage en plâtre de la Diane de Gabies, célèbre marbre antique conservé au musée du Louvre ; et à
L’escalier intérieur, dit escalier d’honneur. Il date de 1875 et présente une structure assez complexe : depuis le rez-de-chaussée, quatre volées aboutissent à un premier repos, d’où partent deux autres volées latérales garnies de balustres, menant à un palier monumental.
Vue intérieure : montée d'escalier. Le décor de faux marbre rouge et beige, les pilastres noirs et les deux colonnes corinthiennes sont les seuls éléments subsistant du décor initial de l’église. Ils témoignent du faste que les membres de l’ordre avaient su lui donner.
Le vaisseau central au 1er premier étage. Il abrite 26 armoires en chêne sculpté, contenant 14 000 ouvrages anciens. Un entablement à balustrades court au-dessus des travées. Il est garni d’une frise composée d’une succession de guirlandes et de médaillons, séparés par des consoles en volute. Le vocabulaire ornemental avec couronnes de lauriers, rubans et festons, de style néoclassique, laisse supposer que cette partie a été établie postérieurement, lors des travaux d’aménagement au XIXe siècle.
Etagère bibliothèque de la salle de lecture du 1er étage. Chacune des 26 étagères est ornée d’une baie en anse de panier, dont l’encadrement est soigneusement mouluré. Des cartouches fleuronnés encadrés de feuilles d’acanthes, typiques du style rococo, couronnent le sommet des arcs. Certains portent encore les traces de lettres, qui facilitaient le classement des livres.
Ouvrage relié. Avec 721 manuscrits, 26 incunables (ouvrages imprimés avant 1500) et près de 57 000 livres anciens (c’est-à-dire antérieurs à 1950), la bibliothèque d’Alençon conserve un patrimoine écrit unique en Basse-Normandie, dont la collecte avait débuté en 1792 avec les saisies révolutionnaires.
Ouvrage relié. Les 137 manuscrits médiévaux constituent un ensemble exceptionnel de textes sacrés, de commentaires des Pères de l’Eglise et de recueils religieux, de cartulaires, de livres de comptes, d’inventaires et de chartes.
Reliure avec chiffre et armes d'Antoine Barillon de Morangis, vers 1680 (?), pour les textes de Xénophon, "Xenophontis... quae extant opera", et Thucydide, "De bello peloponnesiaco libri octo". La conservation matérielle des ouvrages est conforme aux préconisations de l’Etat. Depuis la restauration de l’édifice en 2005, les livres sont sous la protection d’une climatisation aux normes. Le dépoussiérage et le cirage des cuirs font partie du travail quotidien et les ouvrages trop abîmés sont mis en coffret.
Planche extraite de l'ouvrage : Scolymocephalus Africanus.- "Phytanthoza iconographia" / Jean Weinmann, Ratisbonne, Jérôme Lenz, 1737-1745. Aujourd’hui les techniques de numérisation sont mises à profit,  afin de permettre la consultation sans dommage de documents rares ou trop fragiles.
Modifié le 04/11/2016